« Je n’ai jamais voulu faire un business » : l’hospitalité selon Elisabeth
« Je n’ai jamais voulu faire un business. Cette maison avait besoin de vivre, et moi aussi. C’est avant tout une façon de partager un lieu que j’aime. »
À quelques kilomètres d’Orte, au cœur de la campagne du Latium, Elisabeth accueille ses hôtes dans une maison qui ressemble davantage à une grande demeure familiale qu’à un hébergement touristique. Ici, il n’y a ni télévision dans les chambres, ni minibar, ni serrure sur les portes. Et ce n’est pas un oubli.
« C’est une maison de famille. Les chambres ne ferment pas à clé, et cela n’a jamais posé de problème. »
Dès les premiers instants de notre conversation, on comprend que tout, chez Elisabeth, est pensé comme une invitation à ralentir et à entrer dans le rythme de la maison.
À 70 ans, cette Belge installée en Italie depuis plusieurs décennies n’a jamais imaginé son activité comme une entreprise touristique au sens classique du terme.
« Je n’ai jamais voulu faire un business. Cette maison avait besoin de vivre, et moi aussi. C’est avant tout une façon de partager un lieu que j’aime. »
Lorsque ses enfants ont quitté le nid, la maison est soudain devenue très grande. Après le décès de son mari, Elisabeth s’est retrouvée seule face à un quotidien silencieux.
« J’avais envie de mettre des fleurs sur la table, de préparer les repas, d’avoir de la vie autour de moi. »
C’est ainsi qu’est née son activité d’accueil.
Une maison habitée
Chez Elisabeth, les hôtes ne sont pas de simples clients de passage. Ils partagent un espace de vie où les rencontres font partie de l’expérience.
Autour de la maison vivent une chienne, sept chats, deux ânes, cinq poules et un coq. Michele, son compagnon, rencontré en 2017 après un véritable coup de foudre, participe lui aussi pleinement à l’accueil.
« Michele parle avec tout le monde. Moi je suis souvent en cuisine, lui il est capable de discuter pendant des heures. »
Les repas constituent souvent le cœur de ces échanges. La plupart du temps, ils sont pris ensemble autour de la même table.
« Quand on reste toute la journée à la maison, il est normal qu’il y ait au moins un repas partagé. Il faut qu’il y ait un contact. »
La cuisine est essentiellement végétale, mais sans dogmatisme.
« J’aime casser les préjugés sur la cuisine végétale. Mais il y a toujours des œufs de nos poules et du fromage. »
Les savons proposés dans les chambres sont fabriqués à la maison et présentés dans des contenants en verre. Là encore, aucun désir de standardisation.
« Je n’ai jamais eu envie de m’adapter aux modèles des grandes chaînes. Sinon, il y a déjà les hôtels Hilton. »
Le luxe du temps
À ceux qui demandent combien de temps il faut pour découvrir la maison et vraiment se détendre, Elisabeth répond sans hésiter :
« Trois nuits minimum. »
Trois nuits pour profiter de la campagne, des sentiers qui traversent les bois, de la petite rivière du Fosso del Castello et de ses énormes rochers qui ressemblent à des forteresses naturelles.
Les plus curieux peuvent également participer à des cours de cuisine, à des promenades dans la nature ou encore à des initiations à la photographie animées par Michele, ancien directeur d’un magazine spécialisé.
La maison dispose même d’une salle de yoga ouverte à ceux qui souhaitent pratiquer librement ou en groupe.
Les trésors cachés autour d’Orte
Quand on lui demande quels lieux elle recommande à ses visiteurs, Elisabeth ne cite pas les sites les plus connus.
Elle évoque d’abord la mystérieuse pyramide étrusque cachée dans la forêt de Bomarzo, puis le célèbre Parc des Monstres, avec ses sculptures fantastiques du XVIe siècle.
Pour elle, l’un des grands atouts de la région est aussi son accessibilité. Orte se trouve à seulement quarante minutes de Rome et la gare permet de rejoindre facilement Florence, Pise ou Milan.
« Beaucoup de gens sont surpris. Ils pensent venir dans un endroit isolé, mais en réalité on peut très facilement combiner la campagne et les visites de villes. »
L’accueil avant tout
Au cours de notre entretien, Elisabeth me raconte une expérience récente. Un couple a réservé à la dernière minute et est arrivé alors qu’elle devait s’absenter. La chambre était prête, une collaboratrice s’est chargée de l’accueil, mais les voyageurs sont repartis presque aussitôt.
L’épisode l’a marquée.
« Ce qui m’a dérangée, ce n’est pas qu’ils soient partis. C’est de ne pas avoir eu le temps de les rencontrer. »
Cette phrase résume sans doute mieux que n’importe quelle autre sa conception de l’hospitalité.
À une époque où de nombreux hébergements fonctionnent avec des codes d’accès, des boîtes à clés et des messages automatisés, Elisabeth revendique une autre manière de recevoir.
Elle se souvient notamment d’un appartement réservé récemment à Turin.
« L’appartement était très bien. Mais il n’y avait que des codes partout. Je n’ai jamais rencontré personne. À la fin, j’ai reçu un message qui disait seulement : “J’espère que vous me laisserez un bon commentaire sur Airbnb.” J’ai trouvé ça épouvantable. »
Pour elle, l’accueil ne peut pas être réduit à une transaction.
Il doit rester une rencontre.
Et c’est précisément ce qui donne à sa maison cette atmosphère particulière : celle d’un lieu où l’on ne vient pas seulement dormir, mais partager un moment de vie.
"« Je n’ai jamais voulu faire un business. Cette maison avait besoin de vivre, et moi aussi. C’est avant tout une façon de partager un lieu que j’aime. »"
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